Cérémonie du 1er novembre 2021

Ce 1er novembre 2021, de 9h à 15h, à l’entrée des cimetières (Petit et Grand Sablon), des membres du collectif proposaient aux personnes venues se recueillir sur la tombe de leurs défunts d’accepter une fleur pour aller la déposer sur une tombe du carré commun. A cette occasion, les échanges ont été pour la plupart l’occasion de découvrir l’existence de ces carrés communs, et aussi de notre collectif.

A 15h, un premier recueillement a eu lieu au carré commun du cimetière du Grand Sablon. Monique a pris la parole :

Bonjour à toutes et à tous !
Nous sommes réunis ici près des Carrés Communs du Petit et du Grand Sablon pour honorer la mémoire de toutes les personnes que nous avons accompagnées.
Nous avons le plaisir et l’honneur d’accueillir M. Bertrand Spindler, maire de La Tronche et M. Emmanuel Carroz, représentant M. Éric Piolle qui s’est excusé auprès du Collectif pour son absence.
Ces personnes que nous avons accompagnées sont mortes à la rue ou des conséquences d’une vie à la rue, mais également des personnes isolées décédées sans famille ni proches.
Depuis le 1er novembre 2020 , nous comptons 23 personnes qui reposent ici ou – faute de place – dans des tombes disséminées dans ce cimetière, ou d’autres cimetières de Grenoble ou de la région grenobloise.
Honorer la mort de ces personnes, c’est reconnaître leur vie.
Elles ne sont plus enterrées comme des chiens, expression peut-être plus très juste maintenant vu comment certains propriétaires prennent soin de leur animal de compagnie.
Quelle tristesse de mourir sans tenir la main d’un proche, d’un ami, de quelqu’un ! Heureusement, il existe des associations qui peuvent être présentes en cette fin de vie . Car , il faut surtout refuser l’indifférence. Notre Collectif est là pour montrer qu’on ne les oublie pas et pour reconnaître à ces défunts toute la dignité qu’ils méritent.
Et notre action ne s’arrête pas là. Pour chaque mort de rue ou personne isolée, nous assurons une présence à la chambre mortuaire, puis au cimetière. Devant leur cercueil, nous lisons des textes, parfois écrits spécialement pour le défunt, nous allumons une bougie et déposons des fleurs jusque dans sa tombe.
Nous avons décidé récemment de faire des compte-rendus après chaque accompagnement, en y incluant les textes lus, les fleurs déposées, le temps qu’il fait, les personnes parfois présentes, comme des voisins ou des aides. Ces compte-rendus serviront à faire le récit des funérailles aux proches qui apprendraient ce décès par la suite. Notre Collectif est plus que jamais décidé à ne pas abandonner ces personnes, à ne pas les oublier et à les honorer tout au long de l’année et plus particulièrement, en ce premier novembre et au début de chaque mois de juillet.
Aujourd’hui, on se souvient d’eux et, en leur mémoire, nous allons écouter l’évocation de leur noms et de leur lieu de sépulture.

Cette liste des personnes seules décédées depuis un an a été lue par Elisabeth et Françoise. Ensuite, Georges déclama deux poèmes de sa composition, et enfin, avant d’aller déposer nos fleurs sur les tombes, une minute de silence a été observée.

Ensuite, un second recueillement a eu lieu au carré commun du cimetière du Petit Sablon, Mr Spindler, Maire de La Tronche, a pris la parole :

La ville de La Tronche est une ville accueillante. Avec ce grand hôpital sur son territoire, elle accueille les naissances. Elle inscrit le nom des nouveaux nés dans ses registres. Elle accueille aussi les décès. Elle inscrit le nom des morts dans ses registres. Actes fondamentaux de la vie, qui doivent être accompagnés dans le respect et la dignité.

Le 1er novembre, jour férié de la République, est devenu le jour où l’on se souvient des morts. L’usage populaire a transformé deux fêtes religieuses catholiques, la fête de tous les saints, le 1er novembre, et le jour des défunts, le 2 novembre. Le mot Toussaint a perdu son sens religieux, il est devenu profane et son étymologie même n’est plus signifiante quand on l’emploi.

Cet usage populaire et profane de se souvenir des morts, d’honorer les morts, symbolisé par les chrysanthèmes, s’est répandu à partir du fleurissement des monuments aux morts le 11 novembre après la fin de la première guerre mondiale. Jour des défunts, souvenir des morts pour la France, souvenir des morts de chaque famille, floraison tardive des chrysanthèmes en ce début d’automne où les jours raccourcissent. Tout cela nous incline à la nostalgie et à la méditation sur le temps qui passe et la mort qui nous attend.

Nous sommes ici dans ce qu’on appelle le carré commun, qui accueille les corps des personnes mortes sans ressource ou sans famille. Carré commun. Commun au sens de bien commun, partagé par tous. Commun au sens d’ordinaire, d’égal pour tous. Non pas une fosse commune, collective, mais un carré commun où chaque personne a sa propre tombe. Chaque personne y est identifiée, et non pas anonyme. Singularité fondamentale de chaque personne humaine, mais le miroir de cette singularité, c’est la solitude. La singularité, mais aussi la solitude, c’est ce qui nous caractérise, depuis notre naissance jusqu’à notre mort. Mais nous sommes aussi des êtres sociaux, nous avons besoin des autres pour grandir et pour vivre en société. A cette solitude vient en contrepoint le collectif. Vous êtes membres du collectif des morts de rue, beau nom de collectif pour c’occuper de celles et ceux que la mort a saisi dans la solitude. Il n’est plus jamais de solitude pour ceux qui meurent. Ce qui nous émeut et ce qui nous rassemble ici, c’est cette solitude qui n’en est plus une.

Si je porte cette écharpe tricolore, c’est que dans la fonction de maire, il y a la fonction de représentant de la République. La République, garante des droits universels humains. La République, par ma présence , mais aussi par la vôtre, représentants des citoyennes et des citoyens, représentants de l’universalité des personnes humaines, la République, porteuse sur notre territoire des valeurs de la déclaration universelle des droits humains, la République est présente pour toutes celles et tous ceux qui vivent sur son sol. Egaux toutes et tous en droit et en dignité humaine.

Je vais dire le nom de ceux qui ont été enterrés ici, depuis un an

Mario DOS SANTOS GIL

Jean JENOUIL

Siros RASTI GHASWALDASHTI

Eugène HOFFMAN

Serge JACOB

Marie Gisèle TADDEI

Paul ROBERT

Robert SEBBAN

Erminio VIDUSSO

François REVERDY

Jean PICARD

Philippe LE JAOUEN

Michel ALIMONDO

Vincent SYLVESTRE-SOLSONA

Je vous remercie, vous qui, par votre présence, témoignez collectivement que toutes les personnes enterrées ici appartenaient à la communauté universelle des humains.

Pour ces cérémonies, autour des membres du collectif, étaient présents Mr Carroz, adjoint au Maire de Grenoble, Mr Spindler, Maire de La Tronche, mais aussi des personnes ayant connu certains défunts inhumés ici, ou bien sensibilisés à la problématique de la rue et/ou de l’isolement.

La presse locale était aussi présente.

France 3 Isère

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/grenoble/toussaint-un-collectif-grenoblois-distribue-des-fleurs-en-hommage-aux-personnes-mortes-dans-l-isolement-2317837.html

Francebleu

https://www.francebleu.fr/infos/societe/toussaint-le-collectif-grenoblois-mort-de-rue-rend-hommage-aux-personnes-sans-domicile-1635786129

Le Dauphiné Libéré

https://www.ledauphine.com/societe/2021/11/03/isere-grenoble-mort-de-rue-accompagne-une-derniere-fois-ceux-qui-se-sont-eteints-dans-l-anonymat

https://www.ledauphine.com/societe/2021/11/01/isere-grenoble-le-collectif-mort-de-rue-rend-hommage-aux-defunts

HOMMAGE DU 3 JUILLET 2021

Bonjour tout le monde !

Le Collectif Morts de Rue et Personnes Isolées est très content de vous voir réunis autour de ses membres pour honorer pour la 9e fois ceux qui sont décédés.
Le 3 juillet 2020, à cause de la pandémie, nous n’avions pas pu tenir cet hommage, mais les membres du Collectif étaient présents soit ici au Jardin de Ville soit à plusieurs endroits de Grenoble pour sensibiliser les passants qui voulaient bien les écouter, à cette cause.
En interpellant la société, en honorant ces morts, nous agissons aussi pour les vivants. Et on ne le répètera jamais assez, vivre à la rue mène à mourir prématurément.

Depuis janvier 2019, nous accompagnons aussi toutes les personnes isolées, c’est-à-dire les personnes décédées dont les proches n’ont pas été retrouvés ou qui ne veulent pas s’occuper des funérailles. Ainsi, en un an, nous avons accompagné 23 personnes à leur dernière demeure.
Rendre hommage à des gens dont on sait si peu de choses est fondamental. Même si nous n’avons accès qu’ à quelques miettes de leur parcours, quelques miettes de vie, il s’agit de gens comme vous et moi. Des gens dont on ne doit pas oublier l’existence.

Nous avons été particulièrement émus lorsqu’en août dernier, nous avons enterré un Monsieur dont l’identité n’a pas pu être établie ; il a été retrouvé à Grenoble bien trop longtemps après son décès. C’est donc Monsieur X que nous avons accompagné.
Et plus récemment, c’est Gabriel, un bébé de 12 jours qui est parti bien trop tôt. 

Leurs tombes ont été fleuries, comme toutes les autres tombes d’ailleurs. Et elles le seront à nouveau cet après-midi et le 1er novembre lors de notre cérémonie annuelle où nous allons nous recueillir aux Carrés Communs du Petit et du Grand Sablon, tout en pensant aux personnes disséminées dans d’autres cimetières du département ou plus loin encore.

Nous poursuivons notre effort d’accompagnement en s’assurant que le défunt, la défunte est habillé. Nous ne pouvons plus tolérer qu’ il repose nu ou avec un semblant de vêtement. Notre lot de chemises et de chemisiers redonne de la dignité à ces personnes décédées. Nous essayons aussi d’être présents pour leur dire adieu avant la fermeture du cercueil. 
Et, à ce propos, nous apprécions vraiment notre collaboration avec  la Chambre Mortuaire de l’ Hôpital et avec les PFI. Tous font un travail remarquable pour donner leur dignité aux défunts. Nous voulons les en remercier très chaleureusement.     
 

Et puis, il y a ce nombre de décès donné chaque année par le Collectif Morts de Rue de Paris : en 2020, 535 décès ont été recensés, il y en avait 569 en 2019. En réalité, ils sont  beaucoup plus nombreux mais il est très difficile de les dénombrer.
Leur mort doit interpeller chacun à un niveau personnel comme collectif, et ceci quelles que soient nos appartenances politiques ou religieuses.

Et que dire de tous ces migrants qui reposent au fond de la Méditerranée ? Nous ne les oublions pas également.
   

Pour terminer, nous voulons vous remercier d’être venus ici avec nous honorer tous ces morts. Et en particulier, nous remercions Madame Céline Deslattes, conseillère municipale de Grenoble déléguée à la grande précarité. Et nous vous invitons – si vous le souhaitez – à venir rejoindre notre Collectif. Il se réunit chaque mois, le dernier jeudi du mois, à 12h30, à Point d’Eau, 31 rue Blanche Monier à Grenoble.
 

Et maintenant, nous allons écouter la liste des personnes que nous avons accompagnées (la liste est lue par Michelle C. & Guy).
 

Et maintenant, nous allons respecter une minute de silence à la mémoire de toutes les personnes décédées.
Merci beaucoup !   

INTERVENTION COMMUNIQUE DE PRESSE 3-JUILLET 2020

COLLECTIF MORT DE RUE GRENOBLE

Si cette année a été difficile pour un grand nombre d’entre nous, à cause de la pandémie, elle l’a été d’autant plus pour ceux et celles qui sont à la rue.

Le collectif existe depuis 2011, c’est la première année que nous renonçons à notre cérémonie d’hommage du 3 juillet, Covid-19 oblige…

Pourtant, pendant cette période de confinement, les décès ont continué : Yvette, Claude, et Jaroslaw décédé du Coronavirus.

Depuis juillet 2019, c’est Nadia, Jean-Joseph, Pascal-René, Lucien, Dragana, Nicolas, Yvon, Philippe, Jean-Noël dit Johnny, Jean-Jacques qui nous ont quittés.

Et depuis le déconfinement, Alfredo est allé les rejoindre.

Nous avons porté notre effort cette année sur la qualité de notre accompagnement : notre présence à la levée du corps et le déroulement de la cérémonie. Avec l’aide du personnel de la chambre mortuaire de l’hôpital, nous fournissons des vêtements pour que les corps soient habillés et qu’ils ne soient plus enterrés nus. Nous voulons apporter encore plus de dignité aux personnes que nous accompagnons.

En France, en 2019, le collectif Mort de Rue de Paris a recensé 569 décès pris en charge par les collectifs dans toute la France : 9% sont des femmes, 13 % sont mineurs et 8 avaient moins de 9 ans. La moyenne d’âge des personnes décédées est de 48 ans (45.6 ans pour les femmes). La durée moyenne de vie dans la rue était de 5 ans.

On ne le répétera jamais assez : VIVRE DANS LA RUE TUE

Bien que notre action devienne de plus en plus difficile au fur et à mesure des années qui passent, nous allons continuer, continuer encore pour que l’on n’oublie pas celles et ceux qui décèdent des conséquences d’une vie à la rue ou qui décèdent sans aucun accompagnement.

Nous invitons celles et ceux qui le désirent à venir rejoindre notre collectif dans cette action. Nous nous réunissons chaque mois, le dernier jeudi du mois, à 12 h 30, à Point d’Eau, 31 rue Blanche Monier à Grenoble.

Hommage du 2 juillet 2019

Intervention du Collectif Mort de Rue Grenoble

Nous nous réunissons pour la huitième année consécutive pour honorer ceux qui sont partis depuis un an.

Chaque année c’est la même chose, on se dit que ça va s’arrêter, que notre société va bouger pour que l’on ne décède plus à la rue,

Mais non, ça continue, et à chaque fois ce même chagrin d’accompagner toujours et toujours ces êtres humains à leur dernière demeure. Oui, on n’arrive pas à s’habituer à aller au carré commun… et on s’efforce de rester digne alors qu’on a envie de crier…

Quand nous avons fait imprimer, début juin, la liste des personnes décédées que nous avons accompagnées, ils étaient au nombre de 7. Mais depuis Salvatore, puis Ali, puis Hubert, puis Momo, et encore Mireille et enfin Gérard nous ont quitté au mois de juin.

Et ça ne s’arrête pas !

A chaque fois nous avons un immense chagrin quand nous apprenons que le corps de Guylain, 32 ans, a été retrouvé dans l’Isère, loin de Grenoble, ce qui arrive trop souvent. Et la colère monte en nous quand les PFI nous disent que Thibaud 26 ans a mis fin à ses jours, ou que la gendarmerie a retrouvé le corps d’Hubert 52 ans sur la voie public à Bourg d’Oisans. Oui, vivre à la rue Tue.

Nous nous interrogeons aussi sur le suivi médical des personnes vivant à la rue, n’aurait ’il pas pu empêcher ces fins de vie violente ?

Quand cela va-t-il cesser ?

Depuis le mois de janvier de cette année, nous avons élargi notre action en accompagnant aussi les personnes décédés qui sont seules. Elles ne seront plus inhumées sans qu’il n’y ait personne à leur enterrement.

En France en 2018, le collectif mort de rue de Paris avait recensé 566 décès venant des huit collectifs français des morts de la rue (511 en 2017). En réalité c’est plus 2600 personnes qui sont décédées. Sur ces 566, 13 étaient mineurs et 6 avait moins de 5 ans. La moyenne d’âge de personnes décédées est de 48 ans en 2018.

Nous ne pouvons pas aussi passer sous silence un des plus grands cimetières du monde qu’est devenue la méditerranée. L’organisation internationale pour les migrations recense plus de 22 000 morts ou disparus en méditerranée depuis 2014. Et au moment où l’Italie est en train de criminaliser les associations qui sauvent tous les jours les migrants, nous devons crier haut et fort que cette situation est inacceptable !

Nous voulons aussi remercier les PFI, pour la qualité des enterrements des morts de la rue, et leur aide pour le remplacement des emblèmes abimés du carré commun, ainsi que leur collaboration avec notre collectif.

Nous vous remercions enfin, vous toutes et tous d’être venus aujourd’hui à cette cérémonie, nous ne vous disons pas à l’année prochaine, il y a des fois où l’on doit penser aux miracles.

Nous vous invitons à faire une minute de silence à la mémoire de ceux qui nous ont quittés cette année.

été comme hiver, vivre à la rue tue

Le Collectif des Morts de la Rue de Grenoble
Point d’Eau 31 rue Blanche Monier Grenoble
Grenoble le 30 mars 2018

COMMUNIQUE DE PRESSE

L’ensemble des collectifs des Morts de la Rue de France ont décidé une journée d’action le 4 avril 2018.
Voilà de nombreuses années que les collectifs des Morts de la Rue accompagnent les décès de ces habitants oubliés.
Entre 2012 et 2016, 2369 personnes SDF sont décédées et ont été accompagnées par nos différents collectifs, sur un nombre total estimé à plus de 13 000, sur cette même période.
Ils décèdent tout au long de l’année, autant en été qu’en hiver. L’âge moyen de ces décès est de 49.7 ans, soit 30 ans plus tôt que la population. 9.2% sont des femmes et 35 décès sont des mineurs de moins de 15 ans.
Les causes de décès sont connues pour 53.5% des personnes. 28% d’entre elles sont décédées de causes violentes (accidents, agressions, suicides), 25% de maladie.
Les personnes ont passé en moyenne 10.3 ans à la rue.
En 2012, l’INSEE dénombrait 141 500 personnes sans domicile en France auxquelles s’ajoutent 15 à 20000 personnes vivant dans les bidonvilles.
Enfin, le nombre de décès chaque année ne diminue pas. Et nous ne voyons aucune politique sociale dirigée vers les habitants de la rue se mettre en place pour lutter contre cette hécatombe !
Le collectif Grenoblois se réunit tous les derniers jeudi de chaque mois de 12 h 30 à 14 h au local Point d’Eau 31 rue Blanche Monier à Grenoble. Si vous souhaitez participer ou soutenir l’action du collectif, vous êtes cordialement invité à nos prochaines réunions.